Une année épicée : la vie indienne de Mathilde et Jordan | |
Quelques anecdotes
Résorbons le long silence qui a trop parlé sur ce blog. Remplaçons-le par quelques anecdotes.
Anecdote n°1 : le chauffeur de rickshaw à pied.
En Inde, quand vous êtes perdus dans une rue, toujours faire appel à un rickshaw pédestre - concept fraichement élaboré de cet après-midi par nos soins. Vous êtes dans une impasse dans un village paumé et la requête est trop complexe pour la faire en tamoul. Que faites-vous ? Vous téléphonez à une connaissance qui maitrise les deux langues, vous lui expliquez la situation et donnez le téléphone au premier passant – pas difficile d’en trouver un, l’Inde a une densité de population vous permettant de trouver en moyenne trois personnes tous les dix mètres². Ça discute, ça discute et ça part. Vous suivez derrière en reprenant votre conversation sur « Quel est le meilleur fromage en France ? » pendant que le mec marche gaiment et sifflote… Quelques bonnes minutes plus tard, vous arrivez à destination, tentez de donner quelques roupies qu’il refuse et le type repart dans une direction totalement autre afin de retrouver le premier chemin qu’il avait emprunté avant son grand détour imprévu. La gentillesse est définitivement indienne.
Anecdote n°2 : un mec sur un rocher
A Pondichéry, il y a quelques semaines, on longeait les rochers qui bordent la mer. Une balade ordinaire quand… tiens… je le connais lui… mais… c’est Brice ! Alors que l’Inde c’est plus de 3 millions de km² (6,5 fois la France), plus de 1,2 milliard d’habitants[1], retrouver un bon pote à vous qui fait un tour d’Asie sur un rocher dans l’ancien comptoir c’est incroyable. Nous sommes alors allés fêter nos retrouvailles extraordinaires autour d’un bon repas français et de quelques cocktails. http://picasaweb.google.com/jordan.trombetta/Fevrier2010#5451912854842018354
Anecdote n°3 : Un mec dans la rue avec son poisson
On se baladait un dimanche matin près des rives de Velanganni quand un homme nous interpella. Il se ramène et nous montre un poisson qu’il vient de pêcher pour qu’on le prenne en photo. Voici la magie indienne : http://picasaweb.google.com/jordan.trombetta/Fevrier2010#5451908460271479602
Anecdote n°4 : Une porte ou un vélo, c’est pareil !
Deux missions purement indiennes m’ont été confiées il y a quelques temps. Des missions de transport. En effet, nous devions avec Paranjothi amener une porte de toilette, métallique, de plus de vingts kilos et un vélo encombrant à un endroit à plusieurs dizaines de kilomètres avec seulement une petite moto. Qui trouve la solution à cette énigme ? ... A contexte indien, solution indienne. En deux trajets, j’ai porté à l’arrière d’une moto qui roulait pas tant doucement que ça une porte, puis un vélo au milieu des circulations frénétiques. Ca c’est de l’expérience.
Anecdote n°5 : Les règles indiennes du football.
Mes amis d’université sont des types sans fond méchant. Mais quand il s’agit de jouer au foot, ils sont sans fond tout court. Une catastrophe footbalistique ! Le ballon part vers la gauche alors que le tir était censé partir à droite, les passes n’arrivent jamais, le contact entre deux joueurs est rigoureusement interdit (pays de la non-violence quand tu nous tiens...) et le plus incroyable est que la règle du corner est prohibée ! C’est-à-dire que dès qu’il y a un peu de pression sur un défenseur, il le met en corner et récupère un six mètres. J’ai essayé de dénoncer l’injustice de cette règle. J’avais même menacé de faire une grève de la faim (heureusement, ils ne m’ont pas cru). Mais rien n’y fait. Alors, le seul soulagement que je peux avoir après cette expérience c’est de savoir que l’Inde n’est pas qualifiée à la Coupe du Monde de Football de 2010...
Publié à 05:55 , le dimanche 4 avril 2010, Mots clefs : anecdotes Nouvelle adresse postale
Il y a quelques
jours, l’immeuble où l’on recevait notre courier – c’est pas le même immeuble
qu’on habite heureusement – a brûlé. Aucun mort, juste des dégâts
matériels. Donc, voici notre nouvelle adresse postale
1st floor
Pareil pour Mathilde
MS. MATHILDE LEFEVRE [il faut écrire en lettres capitales et souligner svp]
1st floor
Si vous voulez recevoir quelques cartes postales sympas (comprendre kitchs), laissez-nous vos adresses svp (en commentaires) !
Publié à 04:25 , le dimanche 4 avril 2010, Mots clefs : nouvelle adresse postale Les moustiquesIls, ce sont l’enfer des expatriés. Leurs déplacement dans l’air sont vivaces et aléatoires, ce qui ne les empêchent pas de trouver nos peaux blanches. On a véritablement l’impression qu’ils épargnent les autochtones et s’acharnent sur les étrangers. En plein jour, leurs zigzags précédant des attaques s’observent mais ne se stoppent pas. Vous avez beau bouger vos pieds, les écarter de vos gestes offensifs ou tenter quelques meurtres à deux mains, leur présence est inaltérable. Quelques ruses font pourtant l’affaire : se placer sous les pâles tournoyantes du ventilateur accroché au plafond, c’est bénéficier des fortes turbulences micro-atmosphériques et évincer les pilotes assoiffés de sang ; ou asperger sa peau de lotions chimiques, c’est gagner quelques heures de tendre répit.
Toutefois, ce qui fonctionne le jour n’a plus d’effet à sa tombée. Même sous le vent régulier des ventilateurs et même parfumé entièrement d’anti-moustiques, ils attaquent, et vos doux songes sont chassés par les réveils cauchemardesques. Entendez-vous ce fin et angoissant bruit de "tziiiiiiiiiiii…" s’approcher de votre oreille ? Vous tentez alors de brusques mouvements de main peu convaincants. Sentez-vous cette démangeaison au pied vous prendre tout le membre progressivement ? Grattez, grattez, grattez ! Vous ne ferez qu’accentuer l’irritation. Que faut-il donc faire pour se défaire d’un tel fardeau quotidien ? Si la violence envers ces si petites et détestables bêtes est inefficace à moyen terme (nous perdons toujours, à arme égale, face aux moustiques), la non-violence n’est pas non plus le remède miracle. J’ai voulu donner de la matière à ces agaçantes créatures, sans l’ombre d’une résistance, mais les incalculables piqûres ont foudroyé l’Ahimsa et emporté avec, l’idée que boire des millilitres de sang gratuitement leur fournirait un festin dont ils sortiraient repus. Que nenni. C’est à croire qu’ils faisaient des stocks pour l’hiver ! La solution est simple : ramener une moustiquaire. Plus d’angoisses, plus de démangeaisons. Une nuit sereine et la sensation d’intimité qu’offrent ces rideaux de plastique. Vraiment, merci Décathlon ! Publié à 10:47 , le dimanche 21 février 2010, Vel?nganni Mots clefs : moustiques Après le retour aux sources
Nous voici de retour sur les terres indiennes. Trois semaines de vie française nous ont entrainés au paradis : se saisir de notre famille, avoir près de soi ses amis, sortir en soirées et les finir avec panache, engouffrer nos plats préférés et penser que le prochain sera aussi délicieux, se vêtir contre le froid assassin, écouter le silence dans les rues, prendre des bonnes douches bien chaudes, se balader dehors sans regards pesants, comprendre la langue de tous les passants, trouver les espaces publics propres et une poubelle régulièrement, contempler l’élégance des hommes et femmes, apercevoir des amoureux se bécotant ; en bref, se sentir chez soi. Curieusement, c’est en vivant ces derniers mois en Inde que nous avons appris à aimer la France. Paradoxalement, c’est en franchissant continent et océan pour découvrir un autre pays que nous semblons finalement bien peu connaitre le notre. Alors, se déraciner de trois semaines en terre natale c’est remplacer naturellement les frais parfums de joie par ceux d’asphodèles. Mais, dans un pays millénaire, immense carrefour des cultures, aux paysages insondables, où les visages regardent vers un vivre-ensemble commun, il y a encore de quoi nous émerveiller.
Publié à 10:28 , le dimanche 21 février 2010, Vel?nganni Mots clefs : Qu’avons-nous fait ? Retour sur nos premiers mois de travailPeut-être qu'il y en a qui croient qu'on se l'ait coulé douce en Inde, au milieu des cocotiers et des vaches sacrées. Ils ont tort ! Certainement l'Inde est un pays de merveilles, mais c'est un pays où le fromage, le pain et le vin manquent. Alors, il nous fallait bien travailler pour oublier cette souffrance alimentaire quotidienne. Le premier choc culturel passé, nos quatre premiers mois ont filé bien vite. Il est alors maintenant peut-être temps de faire un petit retour en arrière et de se demander, qu’avons-nous fait? Dans un souci de clarté, l’approche se voudra chronologique. Toutefois, étant donné que de nombreux projets courent sur plusieurs mois, que les lecteurs nous excusent si celle-ci n’est pas parfaitement respectée. De plus, il s’agit là d’un résumé de notre travail, qui en présente les grandes lignes mais n’est en rien exhaustif étant donné la diversité des missions sur laquelle nous avons été amenés à travailler.
Août: Arrivés en Inde le 19 août, nous avions convenu avec Shyama de passer les quelques premiers jours à nous acclimater à cet environnement si différent et à nous installer. Les précédents articles de ce blog racontent en partie cette acclimatation plutôt drôle et les différences culturelles auxquelles nous faisons face quotidiennement.
Septembre: Maintenant plus à l’aise avec ce nouvel environnement, nous allons pouvoir commencer à vraiment travailler. Nous nous réunissons donc avec M. Ganapathy, pour une petite mise au point sur le programme de notre année. Alors que nous lui expliquons nos missions, son mot d’ordre est clair: avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faut se renseigner, visiter, rencontrer, essayer d’apprendre le plus possible de choses sur la situation sanitaire de l’Inde. Les connaissances que nous avions essayé d’accumuler avant de partir ne font pas le poids face à une confrontation avec le terrain. Avec le recul, nous nous sommes rendus comptes à quel point ce conseil était précieux. Nous avons encore tout à apprendre et pourtant, mettre en place un projet nous parait tellement plus abordable qu’il y a quatre mois !
Le mois de septembre est donc plutôt centré sur l’apprentissage et l’accumulation de connaissances, facilités par notre installation à l’université de Trichy. Nous rencontrons aussi M. Oswald, directeur de Kudumbam, ONG liée a Emmaeus international et oeuvrant dans le domaine de l’agriculture écologique. Nous commençons à réfléchir avec lui au projet de mise en place d’un système de gestion des déchets dans l’école primaire de Kameshwaram, St Sebastian School. L’idée est d’initier les enfants dès leur plus jeune âge aux règles de base de tri des déchets et de recyclage. Malgré l’intérêt que nous portons au projet, nous allons par la suite décider de ne pas nous y atteler pour le moment. Il s’agit d’un projet de long terme, dont l’efficacité ne supporterait pas d’être interrompu par la fin du stage des étudiants. De plus le dialogue avec le corps enseignant, le personnel et les étudiants est l’essence même du projet, alors que la barrière de la langue nous semble infranchissable en quelques mois (personne ne parle anglais couramment dans le village, et nous n'avons pas trouvé le bon traducteur pour nous aider). Nos missions évoluent continuellement par rapport aux réalités du terrain et c’est normal. Nous avons fait le choix de nous concentrer sur les missions qui apparaissent comme prioritaires, et surtout dans lesquelles nous pourrions être le plus efficace.
Octobre: Le mois d’Octobre fut principalement centré sur la préparation du premier workshop concernant le projet FINISH. Ce projet, pour résumer, vise à la construction d’un million de toilettes, dans six Etats indiens, grâce à l’octroi de micro-crédits. Il réunit une large palette d’intervenants, allant d’O.N.Gs indiennes à une hollandaise, d’institutions financières et de différents acteurs concernés par les questions sanitaires en Inde (administrateurs, citoyens, universitaires). Shyama a un rôle d’observatrice académique dans ce projet. Etant donnée la diversité des acteurs intervenant, Shyama a considéré comme nécessaire de les réunir pour deux jours de conférence, afin de permettre à l’ensemble des membres d’avoir une vue globale et de confronter leurs savoirs. Nous avons été chargés d’organiser ce workshop. Notre travail, qui fut essentiellement centré sur des questions logistiques, fut une expérience enrichissante nous permettant de toucher à une grande diversité de tâches. Malgré quelques moments de stress (par exemple quand il nous a manqué cinq chambres d’hôtel deux jours avant le workshop), le tout s’est bien passé. Personne ne s’est perdu ni n’a loupé son avion, tout le monde a eu une chambre… ouf !
Plus globalement, le workshop fut une réussite car il a permis à des participants – qui n’en voyaient pas toujours la nécessité – de se rencontrer, de débattre et d’avoir une vue d’ensemble du projet. La qualité des interventions (que vous pouvez retrouver sur le site en fichier powerpoint: http://www.friend-in-need.org/eng/eLibrary.htm ) a également été saluée. Le bilan est donc très positif, un second workshop en avril à Ooty, dans les Nilgiris (les montagnes tamoules) est d’ailleurs à l’ordre du jour…
Novembre : Shyama, profitant des quelques jours qui lui restait avant son retour en France, est venue à Kameshwaram. Christine, la présidente de l’Association Un-Ami qui était en Inde à cette période, voulut également découvrir sur le terrain le travail de FIN. Cette visite, en plus d’avoir fait avancer de nombreux points, a été très stimulante pour nous. En deux jours, nous avons fait énormément de choses: rencontres avec le "District Collecteur," (sorte de préfet), avec les acteurs locaux de la "Total Sanitation Campaign" (il s’agit d’une campagne du gouvernement indien visant à accroître la couverture des besoins sanitaires, notamment en toilettes), réunion avec le directeur de l’école de Kameshwaram, discussion avec les élèves, rencontre avec les maçons ayant participé au concours d’innovation des toilettes et enfin choix du terrain sur lequel sera construit les futurs bureaux de FIN.
Laissez-nous toutefois vous détaillez un peu la réunion avec les maçons. Dans le village de maçon d’Achakarai (village voisin de Kameshwaram), FIN a entrepris de lancer, à partir du début de l’année 2009, u La seconde partie du mois de Novembre a été pour l’essentiel consacrée à notre travail au sein du projet FINISH. Nous devons en effet, en tant qu’étudiants de Shyama et donc membres observateurs, collecter des données sur les situations socio-économique et sanitaire dans une trentaine de villages du Tamil Nadu. L’objectif est ensuite de les comparer aux données déjà récoltées par une ONG tamoule investie dans le projet, Bharathi Women Developement Center, et d’en vérifier la fiabilité. Ce travail sur le terrain fut extrêmement enrichissant pour nous. Plusieurs journées, au milieu de somptueux paysages rendus tout vert par la mousson, à la rencontre des Panchayats (gouvernements locaux) et des habitants. Aidés de M. Paranjyothi pour la traduction, ce fut l’un des temps forts de ces quelques derniers mois !
Décembre : Nico Rasters, un ami de Shyama, travaille en ce moment sur le site web de FIN, afin le rendre plus accessible et plus lisible. L’idée est d’en faire une interface qui garde à la fois son esprit originel (de petite NGO, avec tout le kitsch indien…) mais qui soit en même temps plus facile d’accès et plus clair. Réfléchir à un site qui mette clairement en avant les actions, l’esprit de FIN, fut l’une de nos missions du mois de décembre. Espérons que ce travail plaira ! Une autre de nos tâches fut de réfléchir à l’aménagement du terrain que FIN va acheter pour construire ses bureaux. Ce lieu, qui comprendra également un lieu de vie pour les futurs étudiants, se voudra à la fois en cohérence avec le projet de FIN, c'est-à-dire un laboratoire d’innovation en matière d’écologie pour répondre aux besoins locaux, mais également un lieu de rencontres, ouvert aux visiteurs et aux habitants, qui pourront à terme y trouver de la documentation, des informations, mais également des cours d’informatique. Enfin, nous avons, avec M. Paranjothy lancé le processus de réparation des toilettes. Une partie des EcoSan construits à Kameshwaram présentent en effet d’importants défauts de construction (ce qui va dans le sens de la nécessité de créer une coopérative de maçons spécialisés dans leur construction). Environ 65% des toilettes construites ne sont plus utilisées. Face à ce problème, et grâce à une subvention de Hewlett-Packard, FIN a décidé de lancer une campagne de réparation. L’idée est de proposer aux habitants de supporter les charges liées au travail des maçons, seul le coût du matériel restant à leur charge.
Banière tamoule confectionnée par FIN et présentée à la réunion
pour expliquer très simplement le principe pour les réparations Cette approche qui se veut responsabilisante et participative, nécessite un effort financier important de la part des familles. Dès lors, nous nous devions d’évaluer la capacité des familles de mobiliser une telle somme, et leur volonté de la consacrer à la réparation de leur toilette. Nous avons donc organisé des réunions d’informations et des discussions. Le bilan est plutôt positif. À l’issue des premières réunions, une tentraine de famille se sont déclarées intéressées par le projet. Nous espérons que cela lancera une dynamique pro-réparation des EcoSan dans le village. Après nos quinze jours de vacances aux Andamans et à Pondichéry, nous replongeons dans l'ensemble des projets mis en place, avant de retrouver pour quelques semaines notre terre natale...
Publié à 10:36 , le jeudi 14 janvier 2010, Mots clefs : travail fin bilan Bonne année 2010 !
Publié à 07:33 , le mercredi 13 janvier 2010, Mots clefs : Joyeux Noel et Bonne annéePour ceux et celles qui suivent attentivement le blog, il ne leur aura pas échappé que nous partons pour nos vacances de Noël dans des endroits assez paradisiaques et pourtant totalement différents : les îles Andamans, un archipel sauvage où nous contentons bien nous « ressourcer », contempler la magie de la nature et profiter du bon temps avec nos deux amis, Marion et Aurélie qui nous rejoignent pour l’occasion (les filles, ça gère !) ; Pondichéry, un ancien comptoir français encore imprégné des notes de notre civilisation, où nous tenterons de faire la fête, rencontrer des gens et retrouver un peu du pays (en partie en mangeant des croissants, du pain, des fromages, etc.). Pour toutes ces raisons, nous délaisserons nos boîtes mails, nos ordinateurs, nos toilettes, nos habits indiens, nos slips kangourous, nos slips tout court, etc. et ce pendant deux bonnes semaines. Retour prévu le 3 Janvier. Bon anniversaire Maman au passage, car je ne sais pas si je pourrais te le souhaiter en direct. Donc nous vous souhaitons un très Joyeux Noël (Mathilde veut absolument que sa famille lui garde une part de dinde) et un beau Nouvel An (Mathilde veut absolument que ses amis lui conservent quelques bouteilles d’alcool). Nous avons même un cadeau. Si si, nos photos d’Inde depuis août à cette adresse: http://picasaweb.google.com/jordan.trombetta
A bientôt les proches, les amis, les camarades et les simples passants.
Jordan et Mathilde Publié à 12:21 , le dimanche 13 décembre 2009, Vel?nganni Mots clefs : Joyeux noel bonne année « Excusez-moi. Pouvez-vous m’indiquer la direction, svp, pour Kothamankalam ? – T’as mangé ? – … »Alors qu’Eric Besson, Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, a récemment lancé un débat sur l’identité française, la prise de recul depuis l’Inde nous contraint à apporter notre petite pointe de réflexion. Un des piliers de notre identité nationale c’est… l’amour de la bouffe ! On se porte facilement à raconter que les français vivent pour manger, et pas le contraire, et qu'ils évoquent la nourriture à chaque occasion pour se faire plaisir rien qu'en imaginant. Pourtant, un voyage en Inde chamboule toute cette fierté nationale.
Voici un extrait des débuts de conversations en Tamil Nadu, mais ça marche aussi pour toute l'Inde[1]. (On met l'extrait en prononciation tamoule aussi, comme ça vous pourrez apprendre en même temps. Héhé qu'est-ce que ce blog est ludique!)
« Vanakkam ! [Salut !]. - Vanakkam. [Salut.] - Yappadi irkigné ? [Comment ça va?] - Nala irké. [Ca va bien] - Nengal, nalla irkingala ? [Et toi, ça roule?] - Ammam, nala irké [Oui, ça farte]. (Et voici qu'on rentre dans le cœur du sujet...) - Sabptatingala ? [Tu as mangé?] - Saptaché. [Oui, j'ai mangé?] - Iena saptatingala? [Qu'est-ce que tu as mangé?] - Dosai, idlis saptaché [J'ai mangé des dosai, des idlis] (Et là, on commence à se demander jusqu'où toute cette conversation va nous mener...) - Dosai, nala irka ? [Les dosais étaient bons?] - Rumba nala irké [Ils étaient très bons] » - Sambhar ? [sous entendu, tu aimes la Sambhar?] - Sambhar, nala irké [oui, c'est bon]. - Rasom ? [sous entendu, tu aimes le Rasom?] - Rasom, nala irké [oui, c'est bon]. (Et ça peut aller encore loin...) Après quelques éclats de rire du public sur nos prononciations rigolotes et cinq minutes écoulées, il ne faut pas oublier le : «Yaneke dosai pericum ! [Moi, j'adore les dosai!]» qui fait un effet étincelant sur les foules et relance souvent la discussion sur la nourriture. Bon, vous l'aurez compris, l'incipit des conversations tamoules est chargée en information culinaire, au point que lorsqu'un ami vous présente à un inconnu, celui-ci terminera sa présentation à votre sujet par « il a mangé des dosai ce matin », et vous êtes repartis pour une description de vos préférences alimentaires...
Et voici le début d'une conversation engagée avec un passant au détour d'une route de campagne en voiture. «Vanakkam Sir ! Enge Kothamankalam irka ? » Avec la politesse, se traduirait par: « Bonjour monsieur. Excusez-moi? Quelle est la route pour Kothamankalam ? » Réponse éclaire : « Sabptatingala? » Avec la politesse, ça donnerait: « T'as mangé? » Riposte : « ... ». Aucune. Cloués d'étonnement par un « t'as mangé? » aussi vif et innocent qu'un « ça va? ».
Je tenterais donc une statistique mathildienne (concept saisissant![2]) : en Inde, nous passons environ 45% de notre temps à parler de nourriture.
Aux vues de ce chiffre inouï, épatant et lourd de sens, nous ne pouvons plus dire que la fierté des français est unique. L'amour de la nourriture est aussi indien.
[1] Il suffit de discuter avec des gens du Bengale, du Rajasthan, du Penjab, comme du Kerala pour obtenir la même structure de conversation, mais dans une langue différente... [2] Une statistique mathildienne est un chiffre lancé en plein milieu d'un débat comme une statistique authentique, communément admise et certifiée par les plus grandes revues que sont Biba, Marie-Claire, Cosmopolitan, etc. Cette statistique est redoutable car l'auteure la travaille pour qu'elle n'éveille aucun soupçon de truantise ou autre mauvaise foi. Exemples: « Il y a eu quatre cas l'année dernière d'attaques mortelles par des requins dans la Baie du Bengale. » ou encore « Environ 72% des femmes adorent qu'on les embrassent dans le cou », et j'en passe... Attention ! Il ne faut pas confondre la statistique mathildienne avec la statistique dite « de Clémenté » qui, bien qu'elle soit tout aussi inventée, fallacieuse et fourbe, prend sa source dans des articles du Monde.fr, du Courrier International ou autres journaux graves pour affirmer sa véracité!
Publié à 12:03 , le dimanche 29 novembre 2009, Vel?nganni Mots clefs : nourriture conversation Où que c'est qu'on habite, hein ?!Face à la recrudescence des demandes, nous nous devons de poster notre adresse indienne, publiquement. Dans une de mes plus grandes mauvaises fois, je vous expliquerai qu’il nous a fallu près de trois mois pour la mettre sur le site parce qu’en fait, nous ne la connaissions. Et oui, ce n’est pas évident de comprendre son adresse quand tout est écrit en TAMOUL ! Pour information, le tamoul, ça donne ça è http://www.ancientscripts.com/images/tamil.gif ou http://www.tn.gov.in/tamiltngov/index.html Donc, ma foi n’était pas si mauvaise que ça. En fait, si ! Le problème linguistique est contournable. En envoyant vos courriers à l’adresse d’une autre O.N.G. résidente à Velanganni et avec qui on est en bon termes, nous les recevrons. L’O.N.G. s’appelle Kudumbam, se concentre sur l’agriculture écologique et possède une renommée internationale. Vous pouvez faire un tour sur leur site : http://kudumbam-leisanetwork.org
Donc, voici notre adresse. Attention, respectez bien les consignes !
Pour Mathilde :
KUDUMBAM [il faut écrire en lettres capitales et souligner
KUDUMBAM svp]
6A - Mariyaamman Kovil Street Pour Jordan :
KUDUMBAM [il faut écrire en lettres capitales et souligner
KUDUMBAM svp]
6A - Mariyaamman Kovil Street
Pour Mathilde & Jordan :
KUDUMBAM [il faut écrire en lettres capitales et souligner
KUDUMBAM svp]
6A - Mariyaamman Kovil Street
Si vous voulez recevoir quelques cartes postales sympas (comprendre kitchs), laissez-nous vos adresses svp (en commentaires) !
Publié à 05:09 , le mercredi 25 novembre 2009, Vel?nganni Mots clefs : adresse inde Entre pousse et auriculaireAu fond du cœur de chaque enfant, un désir malin gigote, se heurte aux parois et se hasarde à trouver la sortie. Quand il la découvre, il sort prudemment sa tête, comme le fait un rongeur vigilant depuis sa tanière, et joue dehors jusqu’à ce qu’un obstacle parental tente dangereusement de lui couper le museau. Avec le temps et l’abnégation des tuteurs légaux, cet animal rutilant perd de sa fougue, s’installe dans le foyer des sentiments et, confronté année après année à la croissance exponentielle des autres désirs, il devient anonyme, insignifiant, puéril et plonge dans l’oubli. Pourtant, comme au fond du cœur de chaque adulte l’enfant que l’on était ne nous a peu quitté, nous rêvons tous, poliment, de lâcher cette bête interdite, qui faisait le mort, dans une arène de corrida, sous le regard d’une foule prise à défaut. Même ces politiciens, ces administrateurs, ces scientifiques, ces businessmans, ces braves gens se parant d’airs sérieux comme d’un manteau austère, qui déversent de hautes vérités sorties de leur citrouille juteuse, et pourtant qui n’ont de sérieux que leurs enfantillages de pécune, eux aussi en rêvent.
Tous, nous rêvons de manger avec les mains, les plats les plus saucés de maman.
Quelle aubaine nous offre l’Inde !
Peut-être considèrerez-vous cette pratique de sauvage, digne d’un pays en développement, alors je vous accuserai d’ethnocentrisme ; peut-être assumerez-vous l’idée de mieux connaître l’art de l’hygiène, alors je vous interrogerai si vous ne tenez parfois du pain sans avoir lavé vos mains au préalable ; peut-être croirez-vous que cette façon de faire est répugnante, alors je vous évoquerai le goût si neuf que les aliments prennent au contact de vos doigts ; peut-être posez-vous sur l’environnement un regard soucieux, alors voyez que l’eau ne coule que le temps de laver sa main et le peu de vaisselle requise.
Nous dévorons donc les mets d’Inde du Sud, sans couvert, comme des gosses. Mais attention, pas n’importe quelle main ! Que les gauchers se plaignent, que les bras-cassés râlent, que les manchots hurlent, rien n’y change. On mange toujours en Inde rien qu’avec la main droite. Simplement pour une raison d’hygiène parce que l’habitude indienne est de se laver les fesses avec de l’eau et la main gauche – ici, pas de PQ ! Ici, pas d’assiette non plus. On mange dans des feuilles de bananier jetables. Quoi de plus propre et écologique ? Nos débuts durant les repas étaient drôles. On scrutait nos compagnons de table ; ils travaillaient la nourriture avec une telle aisance : du monticule de riz, prise rapide avec quelques condiments, puis écrasement pour faire sortir l’amidon et coller les aliments, quelques brutaux lancers de la bouffe sur la grande feuille verte, comme un pizzaïolo le fait avec sa pâte, et hop ! voici dans la pomme de leur main une boule compacte qu’on dirige vers la bouche et qu’on envoie dans le gosier d’un coup de pouce expéditif; l’opération se répète plusieurs dizaines de fois dans le repas ; entre-temps, les individus auront bu de l’eau en penchant leur tête en arrière et levant leur verre au dessus de la bouche pour faire couler le liquide limpidement dans le goulot sans que le matériel ne touche les lèvres. Nous, on s’y attelait avec la maladresse d’un enfant craignant que ses parents, ingénieurs en nourriture ou historiens de l’art culinaire, ne grondent aux moindres gestes erronés. Les bourdes ne manquaient pas : nos doigts étaient brûlés par les plats chauds, ou une fois la boule fabriquée, après avoir analysé scientifiquement le travail du convive, on l’amenait à la bouche et elle se décomposait glissant entre nos doigts comme du sable chaud, ou encore en levant le verre d’eau au-dessus de la bouche, la moitié ne tombait pas dans l’orifice mais sur le tee-shirt ou le pantalon. Spectacles cocasses. Aujourd’hui, c’est bien plus emmerdant de nous voir manger, tant l’expérience a potelé nos mains comme celles de petits indiens. Pourtant, on s’amuse toujours à manger avec les doigts et on attend avec impatience les prochaines batailles à la cantine pour que notre expertise dans la fabrication de projectiles alimentaires soit l’ingrédient redoutable qui fera vaincre notre camp.
Vous savez donc comment on mange. Savez-vous ce qu’on mange ?
Entre le pouce et l’auriculaire, une foule d’aliments. Le matin, vous avez le choix entre les sains idli (gâteaux de riz cuits à la vapeur très bons pour la santé), le tamoul pongal (riz bouilli épicé), le très gras pûri (grosse coque frite d’on ne sait quoi) et le populaire dosai (galette légère de farine de riz qui ressemble à une crêpe fine). On accompagne tout ça de sambar (sauce copieuse et riche en protéines à base de lentilles, de légumes locaux et de différentes épices) et de chutney à la noix de coco (sauce aigre-douce à base de noix de coco, de gingembre, de coriandre, de cumin et de piments). Enfin, il ne faut pas oublier les vadai (beignets gras d’oignons) et les excellents masala vadai (beignets pas gras mais consistants aux oignons, cumin et autres ingrédients inconnus, mais qu’est-ce que c’est bon !). Bref, le petit déjeuner, c’est du lourd ! Le midi, deux choix s’offrent à vous papilles: un thali ou un bryiani (plat de riz aigre et épicé composé de tamarin et de piment). Généralement, elles optent pour le premier. Un thali d’Inde du Sud est un plat composé de riz blanc où l’on place autour une variété impressionnante d’autres plats : des légumes comme des betteraves, des pommes de terre, de poids chiche ; des kotti (accompagnements) comme des oignons, des aulx, du maïs ; et les trois sauces principales (à manger dans l’ordre pour ne pas avoir la bouche en feu) que sont le sambar (déjà rencontré), le rasam (soupe de lentilles au poivre, coriandre, tamarin, citron, poivre, ail, oignon, cumin et curcuma) et le curd (sorte de babeurre, c'est-à-dire un résidu du lait caillé plus ou moins pâteux, donc plus ou moins ressemblant au petit lait ou au yaourt, qui fait un bien fou à la bouche après avoir ingurgité toutes ces épices). Le tout accompagné d’appalam (galette de farine croustillante). Bref, le déjeuner, ce n’est pas de tout repos non plus ! Une petite faim vers 17h ? Prenez une dizaine de samosa (beignet triangulaire à pâte fine plus ou moins craquante composé de légumes, d’épices et de piments) ! Le soir – si vous avez encore faim et la place – vous retrouverez les idli, les dosai, les pûri et les sauces traditionnelles sur vos feuilles de bananier ; ajoutez à cela deux mets fabuleux : les traditionnels chapati (abaisse ou galette ronde, frite et épaisse) et les savoureux paratha (pain non levé, « entortillé » et frit). Bref, ce n’est pas non plus le soir que vous allez faire un régime.
Enfin, trois choses à toujours garder en tête : durant un repas, les serveurs circulent entre les tables et resservent à volonté tous les accompagnements et le riz ; à tout moment, vous pouvez crier « chai ! », ce qui signifie que vous voulez ce légendaire thé noir indien mélangé avec du lait ; n’oublions pas que la cuisine tamoule a tous les attributs pour être l’une des plus épicées, grasses et aromatiques de l’Inde.
Néanmoins, voilà comment tant de belles recettes culinaires ont provoqué d’indélébiles combats entre Mathilde et moi. Devenus de fins experts de gastronomie tamoule, il n’aura fallu que quelques semaines pour que, de nos échanges vivaces sur le sujet, les divergences deviennent antagonistes. Comme un de mes très bons amis a l’habitude de dire, « il y a deux écoles ». Je ne peux que répondre à mon compte sa grille d’analyse duale – si pertinente – et l’appliquer à notre cas. A Velanganni, en termes de restaurants, il y a deux écoles : l’école du Père Dodu ; l’école du Père Moustachu. Nos plus proches amis auront rondement saisi que Mathilde s’est installée au côté du dodu et que ma place s’est vite trouvée près du moustachu. Le « Père Dodu », c’est le surnom trouvé pour celui qui tient le grand restaurant de notre rue. Un homme petit et rond, au sourire raide car sans doute trop empreint de timidité et qui possède une farandole de mets délicieux. Le personnage se tient dans son établissement sommaire et sans charme, au service de chacun, prêt à bondir sur chaque table, à l’affût de la moindre feuille de bananier n’ayant plus de riz ou de kotti. Mathilde aime la qualité de ses dosai, ses excellents masala vadai et son air timide. Le « Père Moustachu », c’est l’homme qui possède un restaurant de fortune à deux pas de notre demeure, mais c’est avant tout l’homme qui porte une fabuleuse et épaisse moustache de type hongroise, très proche de la barbe à la Souvorov, ce militaire russe du 18e siècle, à la différence près qu’il n’y a pas de jointure entre les tempes et la moustache. C’est un homme qui n’offre pas de larges choix alimentaires, mais ses paratha sont excellents et, à l’inverse du Père Dodu, entrer dans son restaurant amorce de joyeux bienvenus, de grands sourires, quelques mots tamouls chaleureux et offre à vos yeux les nombreuses photographies de l’homme dans différentes occasions mais toujours avec la même moustache assumée. J’aime sa stratégie (faire peu mais bon), sa bonne humeur permanente et bien évidement sa moustache prodigieuse. (Mes amis de la Team Paradisio comprendront et soutiendront l’idée que Père Moustachu n’est pas l’opprobre de la restauration velanganienne). Voilà le sujet de nos batailles avant chaque repas. Les arguments fusent mais le conflit débouche toujours sur un compromis cordial.
Cette narration à la gloire de la gastronomie ne pouvait se terminer sans évoquer deux récents évènements culinaires marquants. Même si la nourriture indienne est délicieuse, nous ne pouvons aisément tracer un trait définitif sur nos anciennes habitudes ; et deux mois et demi de totale immersion alimentaire, c’est rude. Alors, à Chennai, sentant notre cœur inconsolable, languissant nos mets occidentaux, un repas surprise fait de pizzas à pâte fine et aux fromages fondants nous a été offert par notre responsable d’ONG, que dis-je, notre vénérable présidente, Shyama Ramani. Les Dieux peuvent le garantir, nous vivions au paradis le temps d’une pizza. Et, nous avons récidivé. A Pondicherry, ancien comptoir français où les restaurants français sont en nombre, dès les premiers coups de fourchettes donnés à nos aubergines gratinés à la crème et au fromage ou à nos viandes en sauce, on se sentait en France, de retour chez nous.
Que c’est bon de voyager à travers le monde et les assiettes ! Publié à 01:02 , le samedi 14 novembre 2009, Vel?nganni Mots clefs : nourriture inde { Page précédente } { Page 1 sur 3 } { Page suivante } |
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