Une année épicée : la vie indienne de Mathilde et Jordan

La vie dans une petite ville indienne : Velanganni

La ville: Velanganni, Vailankanni ou Velankanni, c’est du pareil au même.

C’est une petite ville, qu’on pourrait aussi décrire comme un village, située au bord du Golfe du Bengale et qui a été sévèrement dévastée par le Tsunami (un à deux milles morts). On loge dans un appartement spacieux (au regard des 12 m2 de l’ancien chambre de bonne de Mathilde) et confortable (au regard des normes indiennes). La plus grande joie est d’avoir des ventilateurs au plafond ! Nos lits font copains-copines avec nos moustiquaires, indispensables et qui n’empêchent pas que les insectes volants de rentrer. (voir prochain article de Mathilde sur nos étranges invités). L’ONG a déboursé des roupies pour nous fournir en frigo (essentiel pour l’eau!) et armoire. La douche et les toilettes sont à l’indienne, c’est-à-dire eau fraîche avec des seaux en faisant attention à utiliser la bonne main… Nous pouvons aller sur le toît où le repos est plaisant et la vue sublime : cocotiers, horizon, habitations voisines en paille, route principale animée, quelques fois un ciel illuminé d’étoiles. Bref, c’est la belle vie !

Velanganni n’est pas une ville indienne ordinaire. C’est un lieu touristique durant neuf jours, puis il redevient un endroit "calme" (ne pas oublier qu’on est en Inde) où peu d’habitants parlent anglais. La Vierge Marie et Jesus Christ y seraient apparus au 16è siècle, et depuis la ville est chrétienne et deux magnifiques églises ont été construites dans un style gothique. Nous avons pu assister à ces neuf jours de festivités où des milliers de pélerins parcourent pour la plupart des centaines de kilométres à pied pour venir célébrer la naissance de Marie dans l’Eglise principale, aussi appelée « La Lourdes de l’Est ». Le plus étonnant est que les pélerins sont autant des chrétiens, des hindous, que des musulmans : ils révèlent cette incroyable faculté indienne qui est de prier même les dieux d’autres religions. Nous avons tenté un jour de nous aglutiner à l’immense foule regardant la messe, mais de rapides sensations agaraphobiques ont rendu vain ce dessein. Dans les rues de la ville, Jesus ne défilent pas morne et fatigué sur sa croix. Il est vêtu de mille couleurs, et des musiciens, des danseurs et des croyants le rescuscitent dans son sillage. Quels spectacles !


Des français dans la ville.

Comme un morceau d’épinard coincé entre deux dents impeccables, deux Blancs dans un endroit exclusivement de Noirs ne passent pas inaperçus. On nous regarde, nous observe, nous dévisage, certaines fois, on vient nous proposer de l’aide en croyant à notre égarement, d’autres fois, on nous lance des « Hi ! How are you ?» de la fenêtre d’un bus ou sur un vélo sans nous donner le temps de lancer nous aussi notre réponse. Mais, toujours, cette curiosité pour l’étranger est bienveillante et bondée de gentillesse.

Les trois premiers jours ont été difficiles. Auncun repère dans un environnement diamétriquement opposé à la France. Incompréhension et changements permanents du programme à venir. Impossibilité de parler sérieusement anglais avec notre responsable sur le terrain, Mr Paranjothi, qui n’a quelques mots dans son bagage. Impossibilité d’échanger avec les habitants, vu le peu de mots tamouls que l’on connait. Nourriture épicée, brulant les papilles à chaque bouchée. Décalage horaire bouleversant nos nuits. Puis, petit à petit, nous avons pris nos marques. Nos voisins se sont présentés et nous avons fais connaissance avec les commerçants. Pour chaque repas, nous allons dans des petits restaurants (encore que "restaurant" est un grand mot). Ce sont juste des lieux où les indiens expédient leur repas en cinq minutes pour un prix modique (souvent entre 30 à 50 centimes d'euros un bon plat de riz). Ce n'est pas en Inde qu'on se ruine ! Bref, on a nos petites habitudes, on parle avec les serveurs qui nous apprenent à chaque passage des mots tamouls et on essaie de les répéter les fois prochaines. Soit notre prononciation fait rire, soit nos progres surprènent. La vie ici est plaisante.

Nous sommes allés plusieurs fois à Kameshwaram, le village dans lequel nous devons travailler. La première fois, j'étais seul, parce que Mathilde refusait d'y aller en moto. Imaginez. On est deux sur une moto (Paranjothi et moi) sans casque et avec des vêtements fins, se faisant dépasser par des camions sonores. Dangereux quoi ! Mais l'aventure est surprenante. Le vent chaud bouscule les cheveux et nous avançons sur d'étroites routes toutes cabossées, sur un bitume en gruyère, sur lesquels d'immenses cocotiers et bananiers se penchent. Spectacle totalement opposé aux routes du sud de la France, où les platanes massifs et droits abritent du soleil des routes en bon état. Les fois suivantes, nous prenons le bus, et là encore, c'est un spectacle divin. Le bus s'arrête à peine et chacun se bouscule soit pour entrer, soit pour sortir. Nous, nous essayons dans cette agitation de demander aux usagers (en tamoul, je-vous-prie) si ce bus se dirige dans la bonne direction. A l'intérieur, le contrôleur vous interpelle pour l'achat du billet, et tout en exécutant des gestes rapides pour donner le ticket et rendre la monnaie, il repère déjà les nouveaux passagers venant juste de prendre le véhicule en marche. Mais, son boulot ne se résume pas qu'à ses compétences de policier-comptable-vendeur, puisqu'il se charge de prévenir à l'aide de son sifflet le conducteur si des gens descendent et quand il faut repartir. Ce dernier use du klaxon pour imposer son véhicule dans le chemin bosselé. Un vrai match de football où l'arbitre serait musicien et les supporteurs répondraient par le klaxon de leur bonbonne. Aussi, dans cet habitacle résonnent bruyamment les musiques tamoules que la radio passe, sous le regard bienveillant de quelques Dieux accrochés en poster et encadrés de girlandes colorées. Souvent - sans doute parce que l'on est Blancs - on nous cède la place; souvent nous refusons. S'assoir dans un bus, c'est aussi une affaire sociale. Peu d'hommes s'asseyent à côté des femmes, et vice-versa. Tandis que les femmes se placent à l'avant, les hommes observent tout depuis l'arrière. Nous, on fait comme on veut et on nous juge pas pour cela - certainement parce que nous sommes des étrangers ou qu'on nous croit mariés... J'écrivais quelques lignes plus hautes que le spectacle ressemblait à un match de foot du point de vue du bruit. Je devrais écrire qu'il s'associe à celui des montagnes russes de fêtes foraines du point de vue des secousses. En roulant dans des trous, puis en reprenant le goudron, en manoeuvrant brutalement pour éviter un obstacle, puis en se reinsérant dans la voie, en freinant, puis en reparant, le bus nous trimballe continuellement d'une paroie à une autre. Nous devons nous aggriper aux barres métalliques du plafond comme on tient à notre vie, et il est clair que ce sport automobile développe nos biceps en un temps bien plus rapide que le programme de Force Pure de Peter Mac Calloway. A l'atterrissage, la sortie est acrobatique. Kameshwaram est rempli de petites maisons de terre et de paille coincées dans la végétation exotique. Sa plage est paradisiaque, l'eau est chaude, le sable fin et les cocotiers imposants. Mathilde fait rapidement trempette (oubliant qu'elle avait son passeport sur elle; heureusement, le précieux sésame est sain et sauf) pendant que les pêcheurs oeuvrent à deux flots de là sur leur barque de fortune. Impossible d'imaginer que ce paradis ait été noyé sous une vague gigantesque un matin de 26 décembre...


Nos missions.

Pour l'instant, le travail n'a pas réellement commencé. Nous rédigeons des rapports de nos activités et des informations que nous collectons à nos tuteurs. Nous cherchons aussi un traducteur anglais-tamoul, car les habitants de Kameshwaram parlent peu l'anglais et nous devons travailler ensemble. Nous avons posé des annonces dans les villes voisines (avec peu de retour), ce qui a été l'occasion de visiter une imprimerie indienne. En France, en dix-quinze minutes, une annonce est photocopiée en cent copies. En Inde, il faudra deux heures. Une bonne heure pour faire le tour des imprimeries, négocier le prix, choisir le papier et l'encre. Une bonne heure pour calibrer minuscieusement et à plusieurs reprises la machine, réplique des imprimeries lythographiques du 19è siècle avec comme modernités les cylindres en acier et l'alimentation électrique, afin d'en expulser les exemplaires. Nous avons aussi rencontré beaucoup de personnes, du "District Collector" (sorte de préfet indien) aux enfants de l'école de Kameshwaram. Tiens, une anecdote. Lors de notre visite de l'école, se déroulaient des jeux sportifs. A peine avions nous pointé notre nez que les enfants nous acclamaient et qu'on nous plaçait sur des chaises à côté du directeur de l'école et nous tendait un micro pour nous présenter en tamoul. Nous étions une sorte de délégation diplomatique, et cette mise en scène nous gênait beaucoup.


Ce qu’on aime:

  • Nos amis : Mr Paranjothi, les restaurateurs, le viel homme qui tient une cabine téléphonique et le singe qui vient nous rendre visite sur notre balcon.
  • Jordan quand il boude après les victoires de Mathilde aux jeux de carte.
  • L'eau fraîche du frigo.
  • Notre appartement.
  • Les bananes pas chères en face de notre appartement.
  • Les processions magnifiques dans la rue.
  • Le toît et ses cocotiers.
  • Les trajets en bus et en moto.
  • Les vadais - sortes de beignets de légumes en forme de donuts - pour le petit déj’.
  • Les indiens en géneral


Ce qu’on aime pas:

  • Les insectes peu râgoutants
  • Le fait qu’il n’y ait pas de samossas - beignets de légumes en forme de triangle - dans la ville
  • Internet qui ne marche pas trop
  • Mathilde quand elle gagne aux jeux de carte


Ps : vous pouvez trouver en cliquant sur "Album photos" à droite des clichés de notre vie indienne


Publié à 06:08 , le mardi 15 septembre 2009, Velānganni
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